Ce matin, il fait beau et froid. Rien ne paraît impossible. Réveillé à 6H 30 pour le biberon, parti à 8H30 en vélo, pour aller chercher les croissants et les chocolatines. Je m’en veux d’avoir oublié mes gants. Les doigts vont se casser, c’est sûr. Mais il n’y a personne et mes seuls compagnons ce matin, sont les pinsons faisant semblant de sautiller, et les canards nageant dans le lac fumant. Hé! ho! surprise, au détour d’une petite route montante un écureuil, surpris et vite parti.
Tout m’a semblé possible en ce début de semaine. Tout d’abord, démissionné puis le dire à ma concubine.
hé!hé! courageux mais pas déméraire le gonze!
Mais avec deux enfants, et un crédit, c’est impensable de vivre sans euros.
Donc dans ce sursaut de bonnes intentions c'est profilé un autre projet. je vous le donne en mille, la réponse est [Profiter] prendre de mon temps « libre » pour frapper aux portes des sociétés.
Au bout de quelques jours passés là bas, je le sais ma place n’est plus avec eux. Non que ma société soit mauvaise. Bien au contraire, elle est pleine de bonnes intentions.
Dans ma petite entreprise, il n’y a pas la crise. Il n’y a pas de harcèlement moral. Il y a quelques fois même du paternalisme. Il y a du respect pour l’autre. Non, non je ne peux pas en vouloir à ma société car elle offre ce qu’on peut vouloir de base dans une entreprise. Stabilité, horaire décent…travail paperassié donc pas pénible, ni difficile…
Mais, mais=> elle ne peut combler le désir du "Diplômé" qui est payé au lance pierre ET sans espérance d’évolution.
Je reviens de ma ballade, solitaire pour rentrer dans le joli bordel de ma maison. Impossible de maintenir un semblant d’ordre dans cette place. Automne, bobos des petits, temps libre rien que pour eux; hiver, maladies il faut se battre pour que naisse ce temps espéré pour tout ranger. Autant dans la maison que dans la tête.
Je suis heureux dans mon cocoon familial. Mais il aurait fallu que je reste chez moi pour m’illusionner d’être accompli. Je ne le savais pas mais je boitais. Je boitais de cette carrière que j’avais loupée. Le travail c’est cette carte de visite que tu sors avec tes copains ou lors de tes premières connaissances. Tu travailles où. qu'est ce que tu fais? Et tu gagnes combien ? Alors cette augmentation ?
En fait je souffre de cette reconnaissance que je donne à l’autre et que je n’ai pas. Cette absence d’élévation de tout ce travail fait par ailleurs. Toutes ces années, j’ai fait du sur place, voire j’ai reculé.
J’étais revenu ces derniers jours avec l’envie de profiter. De profiter de mes après midi avec mes enfants. de profiter de travailler aussi. J’étais revenu sans angoisse, sans préjugé avec la seule fenêtre enviable qu’offre la CAF, travailler à mi temps avec un complément.
Mais j’ai des collègues qui me questionnent, j’ai beau éludé. Vendre le tableau idyllique du mi-temps. Viens cette quête personnelle de l’autre où je me reconnais. Ces fausses promesses données, cette évolution vendue mais non accordée. Ce salaire de misère pour des personnes qualifiées et cette envie de faire sa vie, fonder sa famille, acheter…
Je comprends qu’ils soient déçus, qu’ils en veuillent. Mais moi, je suis un con. Car si au départ j’étais comme eux, après j’ai compris, j’ai su comment ça fonctionnait. La société ne m’a pas trompé longtemps. Je n’avais qu’à partir, mais la vérité c’est qu’au bout de quelques années j’y ai trouvé mon compte, ma stabilité.
Partir! vaste programme!
partir mais pour où ? partir pour quoi ? partir après 7 ans d’expérience sans manager ? sans véritable objectif de création et de réflexion ? sans chiffre de vente à valoriser ? partir avec un diplôme qui ne veut plus rien dire car il n’a servi à rien ?
Voilà, je suis encore plus con derrière ces lignes parler du passé au lieu de créer ma fuite ma diversion, mon illusion de reconnaissance, ce chemin qui m’empêchera de boiter. Il faut que je crée mon futur… [/FONT]