Martine et Martin
Posté le 04.05.2008 par julienthesodorus
La rencontre
Martine file et enfile ses fils dans les méandres de son atelier de 400 m2. Elle s’active, la dame, dans ce décor cloisonné. Pas le temps de paresser, je vous le dis, 400 m2 cloisonné en petite pièce de 9 m2, ça fait au moins une quarantaine de chambres avec chacun deux lits.
Martine le sait, elle a une capacité de 80 patients, pas un de plus. Il n’est pas question qu’une 81e paire de jambes passe les porte de son service.
Martine n’est pas couturière, mais c’est une infirmière chef, une cadre, comme le dise pompeusement ses collaboratrices.
Ici le féminin a trouvé sa place, pas un homme qui revêt la blouse blanche. Bien que cela manque, lorsqu’il faut les porter ces petits vieux ; il en faudrait des forts, des costaux qui n’ont pas mal au dos.
Mais surtout Martine le répète, il faudrait qu’ils soient plus nombreux…
Mais non il y a une infirmière pour tellement de gens nécessiteux. Alors Martine a trouvé sa façon, elle double son temps, elle s’active mais ça je l’ai déjà dit. On souhaiterait pourtant que Martine s’occupe plus de sa vie privée. Mais au grand dam de ses collègues Martine n’en a plu depuis quelques années maintenant. Car quand Martine s’active, elle active aussi les autres.
Martine est un dragon à grande bouche, ses mots font mal, ils brulent. Elle ne s’en rend probablement pas compte. Mais Martine est méchante. Pour que les choses avancent, elle pique. Françoise qui ne va pas assez vite. Nathalie qui est étourdie. Constance qui bâcle….
Et aujourd’hui est pire que les autres jours, car Martine est de mauvais poil. On dit que son petit fils lui aurait posé un lapin. Alors tout le monde file droit et en veut à ce vaurien, de cette journée pénible, à déjouer les attaques subversives de la bête. Il n’est pas question qu’une sottise fasse sortir le dragon. Alors Françoise glisse sur linoléum de chambre en chambre poussant par là son chariot ; et les autres ?
Les autres s’attardent avec les malades. Toutes les infirmières attendent 20 heure la fin de son service et espère qu’elle ne décidera pas de rester. Car en plus d’être une casse pied de première, voila t-il qu’elle fait souvent des heures supplémentaires.
Martine est là dans le box des infirmières prête à attaquer, elle rumine mais aucune fausse note de toute la journée. Des infirmières dévouées qui attendent planquer que les patients allument la lumière au dessus des chambres.
Et puis, un bruit fort réveille tout le petit monde du service de gériatrie, patients, personnels soignants et visiteurs. C’est Françoise qui à force de glisser a dérapé. Le chariot de soin est tombé par terre et la grande nordiste se retrouve les quatre pattes en l’air.
C’est martine qui arrive la première au milieu des comprimés noyés dans le sérum physiologie et autres liquides. Françoise en voyant arrivait le dragon ne sait pas quelle posture adoptée, soit la simulation d’une double fractures du péroné comme dans les matches de foot ou une remontée digne au milieu de ces détritus. Françoise choisit la deuxième voix, et se relève doucement.
Le dragon sonde sa proie. La bête Lui demande si elle va bien.
- Oui juste un peu surprise et engourdie. dit Françoise qui est rassurée.
Le chef prend les choses en main. Elle envoie l’infirmière maladroite à l’infirmerie et tente de la rassurer en lui disant que cela peut arriver à tout le monde. Françoise esquisse un sourire devant tant de compassion inhabituelle
- surtout quand on se croit sur une patinoire, rajoute Martine. Et là forcément Françoise, elle le perd son sourire. Connaissant la sensibilité de Françoise, Martine se doute de la suite. Des pleurs dissimulés, que la chef ne devra pas voir. Cela lui ferait trop plaisir.
Après avoir sauvé ce qui tenait encore en équilibre sur le chariot échoué. A plusieurs ils allaient le remettre à flot quand le Grand chef surement alléché par ce tintamarre pointa le bout de son nez.
- C’est quoi cette pagaille, pour ne pas dire autre chose
- Ce sont des infirmières fatiguées qui doivent s’occuper de 20 malades à la fois et ça quand la climatisation est en panne.
Et, le Dragon lui grilla là lui aussi le bout du nez. Les autres soulevèrent en silence le chariot, le sourire au lèvre. C’est pour ça que personne n’osait aller se plaindre de Martine. Car elle piquait tout le monde…
Le Grand chef grommela un « je vous attends dans mon bureau » et partit.
Martine pénétra dans la salle des infirmières furieuse, et prit Françoise en plein délit de pleurnichage. Elle la regarda un moment et lui proposa de rentrer chez elle, car elle en avait assez fait aujourd’hui….
Cette journée est pourrie, se dit Martine. D’abord, elle se rend compte que sa propre fille est aussi bête qu’une courge a qui on aurait enlevé tous ses pépins. Et surtout elle s’en veut la Martine; encore une double fausse note dans son travail. Elle aurait voulu être gentille avec Françoise, mais elle ne sait pas. Les mots sortent sans qu’elle ait de contrôle sur eux ou pire sur leur façon de sortir. En allant chez le professeur Nono, elle s’arrête un instant sur un banc loin de tout regard. Ce banc c’est le sien. Celui où son mari l’a demandé en mariage. Celui où elle a su qu’elle était enceinte. Ce bac elle le connait depuis plus de trente ans et bientôt retraite oblige elle devrait le quitter.
- Et la vieille qui t’a dit que tu pouvais t’asseoir là ? d’abord Martine sursaute. Elle regarde partout pour voir où est ce loubard.
Personne ! à part ce gamin d’une dizaine d’année qui la fixe méchamment, le teint blafard.
- Tu sais petit, j’ai pas besoin qu’un minot comme toi me casse les pieds maintenant. Et si tu veux tout savoir ce banc c’est le mien…..
Le regard du garçon se durcit.
- Et mamie, prends tes guibolles et ta canne et casse toi ! sinon……
- Sinon tu vas trépigner sur place….. Martine se marre enfin, elle lui sourit à ce gamin.
- Je crois que tu ne sais pas qui je suis….
- Un mioche malade, probable dans le service de Nono…..
- Me parle pas de ce tebé… il est trop …..
- Hep jeune homme, pas de mot grossier, va pour tebé si tu veux. Mais quand même tu parles d’un professeur. Mais je comprends ce que tu veux dire, je suis convoquée dans son bureau.
- T’es convoquée….reprend le garçon admiratif….il regarde cette vieille femme sèche, petite au regard noir.
Martine acquiesce et se pousse pour lui laisser une petite place. La démarche du petit dur est difficile et se laisse choir sur le bout de bois à côté de martine.
- Qu’est ce que tu lui as fait….à ce fils
- Hep qu’est qu’on a dit ?
- Hé mais t’es pas aussi marante que je croyais la vioc.
- Et toi t’es un malotru… mais laissons ça. Et toi qu’est ce qui t’as fait Nono le petit robot.
Le garçon sourit faiblement
- nono le petit robot, c’est fun, j’aime bien. Il m’a dit que j’avais volé un truc alors que c’était pas vrai.
- pourquoi ?
- pourquoi quoi ?
- Il dit un truc pareil notre copain le professeur
- Car l’infirmière a trouvé le game boy d’un des autres malades dans mon placard.
- Et qu’est ce qu’elle faisait là la game boy de..
- De Maximilien
Il eut un grand silence. Puis le gamin se leva.
- c’est ce tebé de Maximilien, qui m’a dit qu’avec la maladie ses parents sont compléments dingues et prêts à acheter 10 fois le même truc s’il le désire. Alors je me suis dit qu’il était pas à une game boy près.
- et t'es parents, ils en disent quoi?
- Toi, t'es forte!
La démarche malhabile, il s’en alla.
- Je te le laisse ce banc, il est pourri et y’a un gros cœur dessus où Martine et Xavier disent en gros qui s'aiment. Berk ça me donne envie de gerber….
- Oui moi aussi, murmura Martine.
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Posté le 01.06.2008 par julienthesodorus
Martine regarde son petit bout de jardin, un vieux banc en bois perdu, encadré de buisson et acculé à la façade nord de l’hôpital. Derrière le buisson, un grand parc arboré s’étale sur plusieurs hectares. S’est là la magie du lieu, au pied d’un petit bâtiment de quatre étages, une surface importante de chlorophylle, d’oiseaux et de grands arbres en plein milieu de Paris.
Martine souffle et décide qu’il est temps d’affronter le professeur Nono. Affronter c’est le bon mot pour son effronterie. Une phrase pleine de démagogie….. « aussi quelle idée il a eu notre bon vieux prof de venir dans mon service, ce jour où que rien ne va » se demande l’infirmière. Martine ne veut pas penser à la discussion qu’elle a eu avec sa fille hier. Mais une larme arrive sans prévenir. Elle la balaye avec détermination et un mouchoir de papier. Absorbé la larme, mais la tristesse et la colère restent.
- Journée pourrie, journée pourrie…répète t’elle !
elle le dit en se levant, puis en prenant le vieil escalier de service qui mène en dessous des toits. Une marche pour un mot « elle-est-pourrie-cette-journée ». Martine ne souffle pas, car la vieille demoiselle a un cœur de jeunette.
La rambarde de l’escalier en colimaçon est fragile, elle tremble sous la main de Martine. Il est fortement déconseillé d’utiliser cet ancêtre dont on a programmé la réfection que l’année prochaine. Mais l’année prochaine Martine partira se bronzer les mollets à la retraite. Et puis on ne dit pas ce que Martine doit faire. Alors dès qu’elle doit aller voir Nono, elle y monte. A chaque fois, elle peste contre le professeur qui aurait pu mettre la direction de l’hôpital à la cave plutôt que sous les toits, mais foi de Martine elle ne prendra pas l’ascenseur.
En arrivant près de la porte, Martine constate que la rumeur gronde. Des voix fortes montrent leur mécontentement et passent la porte, derrière laquelle Martine se cache depuis quelques minutes. « Il n’aurait pas osé me convoquer à un simili de conseil de discipline, le vieux bougre » se demande t’elle. Ça y est une bouffée de chaleur lui brule les joues et ses mains deviennent moites. La plaque sur la porte indique « Professeur Nosacosilapilof ». elle le répète deux ou trois fois pour se calmer « le professeur Nosacosilapilof le professeur Nosacosilapilof…… »
elle ne sait pas pourquoi mais répéter ce nom à rallonge la calme. Peut être parce que le temps qu’on arrive à la fin on oublie tout, mêmes les grosses contrariétés. Et puis on ne peut le dire en apnée…alors on respire. Elle écoute encore un moment, mais impossible de comprendre ce qui se trame à l’intérieur. « une retraite anticipée, une maladie nosocomiale chez nos petits vieux » Martine pense a beaucoup de causes pour cette réunion impromptue. Puis elle se décide enfin à frapper à cette maudite porte qui ne laisse passer que des sons incompréhensibles. .
Les voix se taisent, et la porte s’ouvre sur le nouvel arrivant. C’est à ce moment là que la Martine sait qu’elle n’est pas là pour un remontage de bretelle d’infirmière cadre, car autour du bureau de Nono se concentre des visages qu’elle ne connaît pas. Et c’est avec un large sourire de soulagement que l’infirmière s’assoit sur le seul siège resté vacant. Mais il n’y a qu’elle qui sourit car autour de l’attablée tout le monde garde une expression grave.
Le professeur Nosacosilapilof fait un tour de table rapide. de gauche à droite, le petit jeune habillé d’un tee shirt, d’un jean large et de tennis est un éducateur, à côté Mme DE Vermille est assistante sociale. Et la dame boulotte à côté de sa chef de service est présentée comme « l’infirmière qui a suivi du malade jusqu’à présent. Après vous connaissez… » finit le professeur évasif la main suspendue.
Forcément qu’elle connaît le Docteur Philippin ! Cette grande blonde est le responsable du service gériatrie, médecin consultant auprès des télévisions suite à son livre à succès « bien vieillir ». A bien la regarder on se demande si elle, elle n’a pas tout simplement oublié de vieillir. Si sur sa carte d’identité, il est précisé quelle a la quarantaine bien sonnée. En vrai, cette belle femme reste intemporelle.
Et puis à gauche de Martine, le responsable du service pédiatrie et le juriste des hôpitaux de Paris.
« Martine Deboize l’infirmière cadre du service de Gériatrie » présente le professeur Nono.
Toute le monde la salue, même La belle Doctoresse Philippin, ce qui est assez rare pour qu’elle s’en souvienne. Elle n’ose pas demander pourquoi elle est là, alors elle écoute, et peu à peu elle perd de son sourire et de sa contenance. Les propos sont lourds et Martine est fatiguée de sa journée. Elle se rabougrit sur son siège et commence à avoir les poils qui se hérissent. Une histoire triste d’enfant leucémique…..
- et Orphelin de mère et dont le père a été déchu de ses droits! Complète l’assistante sociale.
- y’en a qui ont pas de Bol ! dit simplement le responsable du service de pédiatrie.
Tout le monde acquiesce et laisse un lourd silence s’installer.
Martine constate en regardant sa montre que dans trente minutes cela fera exactement 24 heures que sa journée pourrie a débuté. Elle n’écoute plus, elle se concentre sur elle. Sur cette journée pourrie qui a commencé par des mots malheureux contre le seul être qu’elle aime plus quelle même. 24 heures qu’elle les attend dans sa tête, c’est comme s’il ne voulait jamais mourir. Il faudrait tout simplement qu’ils se planquent dans un coin de sa mémoire comme une information lointaine, juste une anecdote sans importance. Depuis qu’elle a raccroché le combiné du téléphone, ils sont là…
Durant la nuit, ils ont remplacé le sommeil, au petit déjeuner, ils trempaient leur tartine dans le café. Le pire a été dans les transports en commun, où elle s’est surprise à parler toute seule, ses propos vacillant entre des vagues excuses et des insultes. Et puis ce matin, la triste nouvelle un des petits patients leur avait faussé compagnie pendant la nuit. Un arrêt cardiaque compréhensible à l’âge de la dame mais incompréhensible quand on connaissait le phénomène. « Une journée tristement pourrie » avait dit martine devant le lit vide et puis s’était terrée autant que possible dans l’antre des infirmières. Et puis cette réunion, sur ce gamin….
Martine se redresse de sa chaise, voilà que Nono lui pose une question et la tire de ses pensées.
- Y’a t_il une place dans votre service ? demande t-il pour la deuxième fois
- Mais non ? répond Martine sans réfléchir
- Mais si , Madame Joachina qui nous a quitté cette nuit ! cette affirmation vient du responsable du service de Gériatrie, la doctoresse Philipin.
Martine réfléchit avant de répondre. Elle affiche un sourire gentillet « Il faut le faire avec diplomatie », pense la vieille dame. Une effronterie suffit….
- Mamie Joa était avec M. Berlioz,
« mamie Joa c’est mignon » annonce l’éducateur à l’assistance sociale, qui enfin sourit. Martine tique vexée par l’amusement général notamment celui de Nono le petit robot.
- Et ? demande avec espièglerie Le docteur
- Et, M. Berlioz respire bruyamment, on ne peut pas décemment mettre quelqu’un avec lui, en plus du matériel encombrant qui le suit pendant sa convalescence
- Et Madame Joachina ou mamie Joa, comme vous l’appelez n’était pas embêté par cette insuffisante respiratoire, qui je tiens à préciser reste limité à certaine crise de surcroit très, très ponctuelle, renchérit le docteur
- Elle était sourde comme un pot, ajoute Martine un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu, « il n’y a qu’elle qui pouvait ET voulait partager cette chambre. Les deux n’ayant pas de visites particulières. Déjà qu’en mettant un homme et une femme dans une même chambre, c’était limite. Mais les personnes âgées quand elles se font mal, ne le font pas paritairement ». Martine dit cela à bout de souffle.
- Vous ne pouvez décemment pas mettre Martin avec des personnes âgées. Vous le voyez bien ? il sera mieux au foyer ? s’écrie l’éducateur outrée par ses informations.
Le professeur soupire.
- Peut être que moralement il serait mieux au foyer comme vous dites, mais ce n’est pas de ça dont il a besoin. Certes il sort d’aplasie, mais il est faible surtout que les derniers résultats nous ont montré qu’il faudrait prochainement un traitement plus lourd. Et là où vous voulez l’emmener c’est un vrai nid à microbes. Si c’est mon aval que vous voulez, je suis désolée je ne pourrais cautionner de le laisser dans un environnement difficile. Les mots du professeur Nono restent suspendus, ils se répandent et sa voix grave pénètre les esprits
- Mais…tente l’éducateur
- Il doit avoir mieux qu’ici, intervient l’assistante sociale.
- Trouvez-moi une famille sans animaux et proche d’un hôpital qui accepte ? pas de souci ! intervient sèchement le professeur.
- Le professeur a raison tant qu’il n’aura pas un environnement privilégié, on risque une infection qui sera pire que la maladie…. Cette fois c’est l’infirmière rattaché au Foyer du petit Malade qui intervient.
Les mots suite à cela fusent, l’éducateur s’énerve suivit de près par le Juriste et cela continue dans une cacophonie telle qu’on ne peut plus s’entendre. Martine encore une fois n’écoute plus. Elle le sait, les dès sont jetés. Le professeur Nono ne changera pas d’avis. Le docteur Philippin par esprit de contradiction se conformera à son idée. C'est-à-dire que ce petit garçon finira avec M Berlioz, le temps qu’il soit transféré ailleurs. Martine connait le docteur, si cette dernière peut trouver un moyen d’aller à l’encontre de la vieille infirmière, elle le fera. L’animosité entre les deux femmes n’est pas franche, ni constante. Un respect mutuel les habite. Cependant il reste que Martine prend la place que Philippin laisse vide allant quelque fois au-delà de ses prérogatives d’infirmières. Et la belle femme dualiste sur ses sentiments oscillent entre la gratitude du travail fait et le courroux du chien à qui on a pris son os.
Martine bercée par la conversation animée, regarde sa montre. Dans 15 minutes, sa journée pourrie se termine. Le problème des périodes pourries c’est qu’elles s’organisent par cycle, si on dépasse un premier cycle alors automatique martine est sure qu’elle aura la mouise sur une période plus grande. ainsi dans sa tête au-delà de la journée, on a la semaine puis le mois ou pire l’ année etc… elle en a vécu des moments pas agréable ; et de ces expérience empiriques est née cette théorie qui se vérifie à chaque fois.
La colère du professeur la tire momentanément de sa réflexion.
- Ecoutez mon Grand, quand votre institution aura changé, je laisserai un petit malade rentrer entre deux traitements de chimio mais là vous me faites perdre mon temps.
Le juriste tente d’apaiser les esprits. Mais l’éducateur rouge de colère essaye de trouver des mots décents pour répondre au vieux dinosaure.
Martine, elle, ne lâche plus sa montre. Plus que 5 minutes.
L’assistance sociale prend la parole, sa voix douce envahit la pièce. Elle parle d’un référent, une sorte de « tuteur médical » qui tiendrait l’équipe externe au courant de la situation.
PLUS QUE DEUX MINUTES, jubilent Martine. Il y a 23 heures et 58 minutes Martine raccrochait au nez de sa fille en lui disant….
- Martine… attend t’elle
- Oui… répond la vieille infirmière en serrant de plus en plus fort sa montre. 24 h viennent de s’écouler. Martine est soulagée. Le professeur aussi…..
- Je savais que l’on pouvait compter sur vous. Dit il fier de ses troupes, « cela vous demandera du travail supplémentaire, mais vous connaissant cela ne vous dérangera pas »
- Hein ? demande Martine
Alors le professeur reformule, un peu inquiet. La femme en face de lui semble hébétée serrant fortement son poignée.
- Vous serez une sorte de parrain pour cet enfant le temps que l’on trouve un autre endroit pour le loger. Elle sourit faiblement puis acquiesce et dis doucement « oui, oui j’avais compris » pour donner un peu le change.
Alors que tout le monde quitte le bureau, Martine reste assise et annonce « ce sera une semaine pourrie à moins que ce soit pire »
- Vous dites Martine ? demande me professeur Nono
- Non rien et mon Fillien il s’appelle comment ?
- Martin Rostin, c’est un petit qui veut jouer au dur. De toute façon vous le reconnaîtrez il a toujours une casquette clouée sur la tête. Je crois qu’il est à l’origine d’un esclandre ce matin, un jouet qu’il aurait volé. Enfin je ne sais pas…
Martine laisse le professeur. Elle voit se petit garçon rencontré 1heure plus tôt, ses épaules frêles et ses traits fins. Surtout elle repense à la fuite du garçon lorsqu’elle a parlé de ses parents.
- pauvre petit bonhomme !
Martine est honteuse mais paradoxalement ravie car sa journée pourrie est bien finie. Martine fait quelque pas vers l’escalier. Il est là. Il l’attend sur le pallier du dernier étage, la tête posée sur ses points, le regard perdue. Le plancher craque sous les sabots de l’infirmière
- vous avez mis du temps pour savoir où j’allais crécher….dis martin sans se retourner.
- Ben t’imagine, le cas aussi….dit Martine avec malice en s’essayant près du garçon.
- Il paraît que tes collègues t’appellent le Dragon ! Martine encaisse la nouvelle , mais ne laisse rien voir. Elle se dit qu’en redescendant elle irait leur dire tout ce qu’elle pense de ce sobriquet.
- Oui et alors !
- Moi je suis un chevalier, un chevalier des temps modernes je veux dire, tu sais un peu comme dans le saut du dragon
- Oui oui, dis martine sans trop savoir de quoi il parle
- A la fin le chevalier et le dragon gagnent contre la puissance noire qui veut tout détruire. Hé ben moi j’y suis pas arrivé à tuer cette bétise et je crois que ce truc prend du terrain.
- Compte sur moi, chevalier je serai ton dragon à toi.
- Promis ?
- Promis !
Le souffle serait chaud. Elle sera impitoyable. Ils se battront ensemble contre cette puissance qui dans cette histoire est blanche, blanc comme les globules blancs qui deviennent fous.
A venir la Partie 3 : le 1 juillet
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